La pierre de Bidache

En Pays Charnégou, ou Xarnegu, entre les collines verdoyantes du sud des Landes et les contreforts de la montagne basque, le village de Bidache abrite un trésor patrimonial aussi discret qu’exceptionnel : sa célèbre pierre. : sa pierre. Pendant plusieurs siècles, la pierre de Bidache a contribué à bâtir une partie importante du patrimoine architectural du Sud-Ouest. Utilisée dans les maisons traditionnelles, les ouvrages militaires, les quais portuaires et les bâtiments publics, elle est devenue l’un des matériaux emblématiques de l’architecture de la région.

Derrière cette roche gris bleuté se cache une histoire fascinante mêlant géologie, travail humain, artisanat et commerce maritime. Des carrières autrefois très actives jusqu’à la renaissance actuelle de la taille de pierre, la pierre de Bidache raconte à elle seule une partie de l’histoire du Pays basque.

Le village de Bidache au début des années 1920

Une origine géologique vieille de près de 90 millions d’années

La pierre de Bidache est un calcaire marin datant du Crétacé supérieur, formé il y a environ 90 millions d’années. À cette époque, toute la région était recouverte par un vaste océan dans lequel se déposaient lentement des sédiments calcaires.

Cette roche appartient aux formations géologiques appelées « flyschs », très présentes au Pays basque. Les flyschs sont constitués d’une alternance de couches sédimentaires déposées au fond de la mer par des glissements sous-marins et des courants de turbidité. Ces phénomènes géologiques ont donné à la pierre sa structure particulière.

La pierre de Bidache se reconnaît facilement à sa couleur gris clair à gris bleuté et surtout à la présence de bandes noires de silex appelées localement « tignes ». Ces inclusions sombres donnent à la pierre un aspect unique tout en renforçant sa résistance naturelle.

Bidache la Carrière Dubarbier au début du XXe siècle

Une pierre réputée pour sa robustesse

La pierre de Bidache possède des qualités mécaniques exceptionnelles. Très dense et résistante, elle supporte particulièrement bien l’humidité, les intempéries et le climat océanique de la côte basque.

Cette solidité explique son utilisation dans des constructions soumises à de fortes contraintes :

  • remparts ;
  • quais ;
  • ponts ;
  • escaliers ;
  • pavages ;
  • bâtiments publics ;
  • maisons anciennes.

Mais cette robustesse avait également un inconvénient : la présence importante de silex rendait la taille particulièrement difficile. Les outils des carriers s’usaient rapidement et le travail demandait une grande maîtrise technique. La pierre de Bidache était réputée aussi belle que difficile à travailler.

Bidache carrière au début du XXe siècle

Bidache début du XXe siècle

Les carrières de Bidache : une activité essentielle au XIXe siècle

Pendant plusieurs siècles, les carrières de Bidache ont constitué une activité économique majeure pour toute la région. À partir du XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle, plusieurs carrières sont exploitées autour du village et dans les communes voisines comme Came.

Chaque carrière portait souvent le nom de son propriétaire ou de son emplacement :

  • Lalanne ;
  • Larrodé ;
  • Barbé ;
  • Berdic ;
  • Turc ;
  • Boissonnier.

L’extraction se faisait principalement à ciel ouvert. Les blocs étaient détachés manuellement à l’aide de coins métalliques, de masses et d’outils de taille traditionnels. Le métier était extrêmement pénible et dangereux.

À compter de 1700, on commence à exporter massivement la pierre de Bidache. Les routes étant quasiment inexistantes, les blocs et les dalles descendaient au fil de l’eau sur la Bidouze puis l’Adour jusqu’à Bayonne, transportés sur des embarcations traditionnelles appelées « galupes ».

Une fois arrivées à Bayonne, les dalles de pierre, souvent taillées en formats 30 x 30, étaient chargées dans les navires afin de servir de lest et de poids pour les traversées maritimes. Ces bateaux partaient ensuite vers :

  • Bordeaux ;
  • Saint-Domingue ;
  • la Guadeloupe.

Cette exportation montre à quel point la pierre de Bidache était déjà reconnue pour sa qualité et sa solidité.

En 1848, l’activité des carrières représente une véritable industrie locale : environ 580 hommes, 40 femmes et 80 enfants âgés de 12 ans travaillent dans la pierre, souvent durant 12 heures par jour dans des conditions extrêmement difficiles.

La première grève éclate en 1802. À la suite de ce mouvement social, la durée quotidienne du travail passe de 12 heures à 10 heures, ce qui constitue une avancée importante pour l’époque.

Après 1914, environ une centaine d’ouvriers travaillent encore dans une dizaine de carrières à ciel ouvert autour de Bidache.

Bidache la carrière Valentin au début du XXe siècle

Une pierre présente dans tout le patrimoine régional

Bayonne fut l’un des principaux clients des carrières de Bidache. De nombreux bâtiments emblématiques de la ville ont été construits avec cette pierre, notamment :

  • la Place du Réduit ;
  • le Palais de Justice ;
  • la Mairie de Bayonne ;
  • une partie des quais et des remparts.

Mais l’utilisation de la pierre de Bidache dépasse largement Bayonne.

De nombreuses maisons anciennes et villas de Biarritz et Anglet possèdent des soubassements et des éléments architecturaux réalisés en pierre de Bidache. Le phare de Biarritz, situé à la limite entre les deux villes, a lui aussi été construit avec cette pierre réputée pour sa solidité. Sa résistance aux embruns marins en faisait un matériau particulièrement adapté au littoral basque.

On retrouve également cette pierre dans des édifices plus éloignés, comme le clocher du Temple de Sauveterre-de-Béarn.

Grâce à sa solidité et à sa longévité, la pierre de Bidache a contribué à façonner durablement l’identité architecturale du Pays basque et du Béarn.

Carrières à Came et à Sames au début du XXe siècle

Une pierre profondément liée au patrimoine régional

La pierre de Bidache fait aujourd’hui partie intégrante du patrimoine architectural régional. 

On la retrouve dans :

  • les maisons ;
  • les églises ;
  • les murs anciens ;
  • les fontaines ;
  • les escaliers ;
  • les bâtiments publics ;
  • les ouvrages militaires.

Elle symbolise l’utilisation des matériaux locaux et le savoir-faire des artisans qui ont façonné les villes et villages du territoire.

Le déclin des carrières au XXe siècle

Comme de nombreuses activités artisanales traditionnelles, l’exploitation de la pierre de Bidache décline progressivement au cours du XXe siècle.

Plusieurs raisons expliquent cette disparition :

  • l’arrivée du béton et des matériaux industriels ;
  • le coût élevé de l’extraction ;
  • la difficulté de taille ;
  • la pénibilité du métier ;
  • la concurrence de pierres plus faciles à travailler.

Les carrières ferment progressivement et une partie du savoir-faire disparaît avec les anciens carriers.

Une renaissance patrimoniale et artisanale

Depuis plusieurs années, la pierre de Bidache connaît un regain d’intérêt grâce à la restauration du patrimoine ancien et à la valorisation des matériaux locaux.

Des artisans tailleurs de pierre et des entreprises spécialisées relancent aujourd’hui certaines exploitations et perpétuent les techniques traditionnelles.

La pierre est désormais principalement utilisée pour :

  • la restauration de bâtiments historiques ;
  • les aménagements paysagers ;
  • les dallages ;
  • les escaliers ;
  • les fontaines ;
  • la sculpture ;
  • les créations architecturales contemporaines.

Cette renaissance permet de préserver non seulement un matériau exceptionnel, mais aussi toute une mémoire ouvrière et artisanale du Pays basque.

Une pierre qui raconte l’histoire d’un territoire

La pierre de Bidache est bien plus qu’un simple matériau de construction. Elle représente plusieurs siècles d’histoire locale, de travail humain et d’échanges commerciaux.

Des carrières aux ports fluviaux, des maisons basques aux villas de la côte atlantique, cette pierre a accompagné le développement architectural du Pays basque et du Sud-Ouest.

Aujourd’hui encore, elle reste le symbole d’un patrimoine authentique, durable et profondément enraciné dans l’histoire régionale.

Transport de la Pierre de Bidache par voie fluviale dans les années 1940

Chargement d'une galupe par des prisonniers allemand en 1946

Bibliographie

Ouvrages et ressources patrimoniales

  • Pierre Duffau, Bidache et son histoire.
  • Jean Oyhamburu, Le Pays basque : histoire et civilisation.
  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques.

Ressources en ligne

Sources géologiques

  • Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), cartes géologiques du secteur de Bidache.

• • Société Géologique de France, études sur les flyschs pyrénéens.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Hiribarren
il y a 2 jours

Je crois savoir qu’elle constitue l’ossature du fort de Socoa en cours de réhabililtation.
J’ai suggéré le projet d’en faire une Sentinelle Européenne du littoral vitrine du savoir faire en matière de protection littorale.
La résistance de la « tigne » habitant la pierre en est l’illustration!