Au sommet de La Rhune, aujourd’hui envahi par les randonneurs et les touristes, flottent encore les traces d’une tradition oubliée. Il fut un temps où, chaque lundi de Pentecôte, la montagne devenait le théâtre d’un grand rassemblement populaire, mêlant ferveur religieuse, célébration collective et identité basque.
Lundi de Pentecôte au sommet de la Rhune en 1926
L’ascension, un rituel en soi
Dès l’aube, des centaines de personnes quittaient les villages environnants d'Urrugne, Ascain, Sare pour gravir les pentes de la Rhune. On montait en famille, entre voisins ou entre jeunes, parfois depuis très loin. L’ascension elle-même faisait partie du rituel : une marche longue, parfois rude, mais joyeuse, ponctuée de chants et de haltes. Arrivés au sommet, les participants se regroupaient autour d’une croix marquant l’emplacement d’une ancienne chapelle. Là se déroulait une procession religieuse, témoignage d’un attachement profond à des traditions ancestrales où la montagne tenait une place presque sacrée.
De la ferveur à la fête
Mais une fois la cérémonie terminée, le sommet changeait de visage. La solennité laissait place à la fête. Les musiciens sortaient leurs instruments, les danseurs formaient des cercles, et les airs de fandango et d’arin-arin résonnaient dans le vent. La jeunesse basque, en particulier, faisait de cette journée un moment privilégié : on s’y retrouvait, on y nouait des liens, parfois même des histoires d’amour. Dans une société encore très rurale, ces rassemblements en altitude constituaient de rares occasions de rencontres à grande échelle.
Une fête populaire d’envergure
Au fil du temps, la fête prit une ampleur considérable. Dans l’entre-deux-guerres, elle devint un véritable événement organisé, avec concours de danse, jeux, épreuves sportives et grands repas collectifs. Certains témoignages évoquent même des animations spectaculaires, comme l’illumination du sommet à la tombée de la nuit. Pendant quelques heures, la Rhune se transformait en une scène vivante où se mêlaient traditions, modernité et esprit festif.
Une disparition brutale
Puis, brutalement, la tradition s’interrompit. Dans le contexte troublé de la Seconde Guerre mondiale, les rassemblements furent interdits. La fête ne reprit jamais vraiment après la guerre, emportée par les transformations sociales, l’exode rural et l’évolution des modes de vie.
Une mémoire encore vivante
Aujourd’hui, il ne reste de ce lundi de Pentecôte à la Rhune que des souvenirs, des récits et quelques photographies anciennes. Pourtant, en parcourant les crêtes balayées par le vent, on peut encore imaginer les voix, les musiques et les rires qui animaient autrefois ce sommet. La montagne, silencieuse en apparence, garde la mémoire de ces instants où elle fut, le temps d’une journée, le cœur battant de tout un pays.
Ajouter un commentaire
Commentaires