L'ancien sanatorium de Larressore

Au cœur du Labourd, dans le village de Larressore, se dresse un vaste ensemble architectural longtemps connu sous le nom de « sanatorium de Larressore ». Pourtant, ce lieu n’a pas toujours été un établissement de soins. Son histoire traverse près de trois siècles et reflète plusieurs grandes périodes de l’histoire française : l’enseignement religieux d’Ancien Régime, les bouleversements de la Révolution, les guerres mondiales, la lutte contre la tuberculose puis l’évolution de la psychiatrie moderne.

Le sanatorium de Larressore dans les années 1920

Les origines : le petit séminaire du Pays basque

L’histoire du site commence en 1733 lorsque l’abbé Jean Daguerre, prêtre originaire de Larressore, fonde un petit séminaire destiné à former les jeunes garçons du Pays basque. À cette époque, les établissements d’enseignement sont rares dans la région. Le séminaire devient rapidement un centre culturel et religieux important pour le Labourd et la Basse-Navarre.

L’établissement accueille des élèves venus de nombreux villages basques. On y enseigne le latin, la philosophie, les humanités et la théologie. Pendant près de deux siècles, le séminaire joue un rôle majeur dans la formation des élites religieuses et intellectuelles locales. Son influence dépasse même les frontières françaises puisque certains élèves viennent également du Pays basque espagnol.

Le bâtiment connaît cependant plusieurs interruptions. Durant la Révolution française, les biens religieux sont saisis et l’établissement est fermé. Il rouvre plus tard au XIXe siècle avant d’être de nouveau touché par les lois de séparation de l’Église et de l’État au début du XXe siècle. En 1906, le séminaire cesse définitivement son activité religieuse et devient propriété publique.

La Première Guerre mondiale : un hôpital militaire

Lorsque éclate la Première Guerre mondiale en 1914, les vastes bâtiments du séminaire sont réquisitionnés pour accueillir des blessés de guerre. Le site devient l’hôpital auxiliaire militaire n°216.

Des centaines de soldats y sont soignés : blessés du front, victimes des gaz de combat ou soldats atteints de maladies pulmonaires. Les grandes salles du séminaire sont transformées en dortoirs médicaux. Le calme de la campagne basque et la qualité de l’air sont alors considérés comme favorables à la convalescence.

Un cimetière militaire est même aménagé à proximité du site pour les soldats décédés durant leur hospitalisation. Aujourd’hui encore, cette nécropole rappelle le rôle joué par Larressore pendant le conflit.

La naissance du sanatorium

Après la guerre, la France fait face à une grave crise sanitaire : la tuberculose. Cette maladie pulmonaire extrêmement contagieuse provoque des milliers de morts chaque année. Avant l’apparition des antibiotiques, les médecins recommandent surtout le repos, l’air pur et l’isolement des malades.

C’est dans ce contexte que l’ancien séminaire de Larressore est transformé en sanatorium départemental. Le choix du lieu n’est pas anodin : situé sur les hauteurs du Pays basque, bénéficiant d’un climat relativement doux et d’un environnement calme, le site correspond parfaitement aux critères médicaux de l’époque.

Le sanatorium accueille principalement des patients atteints de tuberculose pulmonaire. Les malades y séjournent parfois pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Leur quotidien est rythmé par les soins, les promenades, les repas réglementés et surtout les longues heures passées au repos sur les terrasses ouvertes destinées à faire profiter les patients de « l’air thérapeutique ».

Le sanatorium de Larressore dans les années 1920

La vie dans le sanatorium

Comme dans beaucoup de sanatoriums français des années 1920 à 1950, la discipline est stricte. Les médecins considèrent alors que la guérison dépend largement du repos absolu et d’une hygiène de vie rigoureuse.

Les journées commencent tôt. Les patients prennent régulièrement leur température et sont soumis à une surveillance médicale constante. Les repas sont riches et abondants afin de lutter contre l’affaiblissement provoqué par la maladie. Beaucoup de malades passent plusieurs heures allongés à l’extérieur, même en hiver, soigneusement couverts de couvertures.

La vie sociale s’organise malgré tout autour des salles communes, de la lecture, des jeux ou de la musique. Certains pensionnaires restent si longtemps au sanatorium qu’ils y développent de véritables liens d’amitié.

Mais derrière cette organisation se cache aussi une réalité difficile : la tuberculose demeure une maladie grave et souvent mortelle. Pour de nombreuses familles, l’entrée au sanatorium représente autant un espoir qu’une séparation douloureuse.

Le sanatorium de Larressore dans les années 1920

Un lieu au cœur des tensions politiques et religieuses

La transformation de l’ancien séminaire en établissement sanitaire provoque d’importants débats dans la région. Une partie des milieux catholiques souhaite récupérer les bâtiments pour relancer une activité religieuse, tandis que les autorités publiques défendent leur utilisation médicale.

Ces tensions reflètent les divisions françaises du début du XXe siècle autour de la laïcité et du rôle de l’Église. La presse régionale de l’époque évoque régulièrement les conflits liés à l’avenir du site.

Malgré ces controverses, le sanatorium poursuit son activité pendant plusieurs décennies et devient l’un des établissements médicaux importants du département.

Le sanatorium de Larressore dans les années 1920

Le déclin du sanatorium

Après la Seconde Guerre mondiale, la découverte des antibiotiques, notamment la streptomycine, bouleverse le traitement de la tuberculose. Les longs séjours en sanatorium deviennent progressivement moins nécessaires.

Comme beaucoup d’autres établissements similaires en France, Larressore doit se reconvertir. Dans les années 1960 et 1970, le site est progressivement transformé en établissement psychiatrique et médico-social rattaché au Centre hospitalier de la Côte basque.

Le lieu continue alors d’accueillir des patients souffrant de troubles psychiques ou nécessitant des soins de longue durée.

La fermeture et la renaissance du site

L’établissement ferme définitivement au milieu des années 1990. Pendant plusieurs années, les bâtiments restent partiellement inoccupés, ce qui nourrit de nombreuses rumeurs locales et un certain imaginaire autour du « vieux sanatorium ».

En 2005, l’ensemble architectural est inscrit aux monuments historiques. Cette reconnaissance permet d’engager d’importants travaux de restauration.

Un lieu de mémoire du Pays basque

L’ancien sanatorium de Larressore reste profondément inscrit dans la mémoire collective du Pays basque. Beaucoup d’habitants de la région ont connu un proche passé par l’établissement, que ce soit durant son époque de sanatorium ou de centre psychiatrique.

Le site symbolise aussi l’évolution de la médecine au XXe siècle : des cures d’air contre la tuberculose jusqu’aux traitements modernes qui ont fait disparaître ces établissements spécialisés.

Aujourd’hui encore, les imposants bâtiments dominant la campagne labourdine rappellent cette longue histoire mêlant religion, guerre, médecine et patrimoine.

Bibliographie – Ancien sanatorium de Larressore

Ouvrages et études historiques

Sources locales et patrimoniales

Archives et documents institutionnels

Base Mérimée – Ministère de la Culture
Notice patrimoniale sur le séminaire et les bâtiments classés de Larressore.

Le sanatorium de Larressore dans les années 1920

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