La Villa Cyrano à Biarritz

Sur l’avenue de l’Impératrice à Biarritz, à quelques pas de l’Hôtel du Palais, se dresse une demeure à l’architecture singulière : la Villa Cyrano. Avec ses façades travaillées, ses volumes pittoresques et ses influences Art nouveau mêlées d’accents gothiques, elle appartient pleinement au paysage architectural de la Biarritz de la Belle Époque.

Mais derrière son apparence se cache une histoire pour le moins extraordinaire. La Villa Cyrano n’a en effet pas été construite à l’endroit où nous pouvons l’admirer aujourd’hui. Menacée de disparition en 1908, elle fut démontée puis reconstruite quelques dizaines de mètres plus loin.

À l’origine, la Villa Labat

L’histoire commence au tout début du XXᵉ siècle, à une époque où Biarritz connaît encore un développement spectaculaire autour de son quartier impérial.

La station balnéaire, rendue célèbre quelques décennies auparavant par les séjours de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, attire alors aristocrates, industriels, artistes et riches familles venues de toute l’Europe.

En 1901 et 1902, l’industriel Félix Labat, établi à Madrid, acquiert des terrains situés face à l’Hôtel du Palais, à proximité du croisement de l’avenue de l’Impératrice et de l’actuelle avenue de la Reine Victoria. Il y fait édifier sa résidence ainsi qu’une autre construction appelée le chalet Eugène.

La demeure principale prend naturellement le nom de son propriétaire : Villa Labat.

Sa construction est généralement située entre 1900 et 1902. Les documents patrimoniaux de la Ville de Biarritz attribuent la villa à l’architecte Gustave Huguenin, auteur de plusieurs villas de la cité balnéaire et du château d'Ilbarritz à Bidart.

L'avenue de l'Impératrice et la Villa Labat vers 1905

Une architecture originale

La Villa Labat se distingue immédiatement des nombreuses demeures qui apparaissent alors dans les nouveaux quartiers de Biarritz.

Son architecture relève principalement de l’Art nouveau, tout en présentant des influences gothiques. L’ensemble joue sur les volumes, les ouvertures et les éléments décoratifs pour composer une silhouette particulièrement pittoresque.

Gustave Huguenin se serait largement inspiré d'un hôtel particulier construit à Paris en 1898 par l’architecte Charles Plumet, l’un des représentants de l’architecture nouvelle de la fin du XIXᵉ siècle.

La Villa Cyrano en constitue une réplique presque exacte, avec quelques différences. Cette particularité lui donne aujourd’hui encore davantage d’intérêt puisque l’édifice parisien ayant servi de modèle a depuis disparu.

1908 : la villa condamnée à disparaître

Quelques années seulement après sa construction, le destin de la Villa Labat bascule.

Félix Labat possède un terrain remarquablement situé face à l’Hôtel du Palais. Dans un Biarritz où les grands hôtels rivalisent de luxe pour accueillir une clientèle internationale fortunée, cet emplacement devient particulièrement convoité.

En 1908, Labat s’engage à remplacer les constructions présentes sur sa propriété par un grand hôtel de voyageurs destiné à être loué à la société Biarritz Carlton Hôtel Limited.

La Villa Labat se trouve précisément sur l’emplacement du futur établissement.

Elle doit disparaître.

En février 1908, Félix Labat décide donc de vendre aux enchères les matériaux composant la villa, ainsi que ses murs de clôture.

À ce stade, la maison semble condamnée : ses pierres et ses différents éléments doivent être dispersés.

Mais un homme va changer son destin.

L'avenue de l'Impératrice et la Villa Labat vers 1908

1908 : la villa condamnée à disparaître

Quelques années seulement après sa construction, le destin de la Villa Labat bascule.

Félix Labat possède un terrain remarquablement situé face à l’Hôtel du Palais. Dans un Biarritz où les grands hôtels rivalisent de luxe pour accueillir une clientèle internationale fortunée, cet emplacement devient particulièrement convoité.

En 1908, Labat s’engage à remplacer les constructions présentes sur sa propriété par un grand hôtel de voyageurs destiné à être loué à la société Biarritz Carlton Hôtel Limited.

La Villa Labat se trouve précisément sur l’emplacement du futur établissement.

Elle doit disparaître.

En février 1908, Félix Labat décide donc de vendre aux enchères les matériaux composant la villa, ainsi que ses murs de clôture.

À ce stade, la maison semble condamnée : ses pierres et ses différents éléments doivent être dispersés.

Mais un homme va changer son destin.

Alfred Boulant sauve la Villa Labat

Il s’agit d’Alfred Boulant, personnalité bien connue du Biarritz de la Belle Époque et propriétaire du Casino Bellevue.

Boulant est séduit par l’originalité architecturale de la demeure et refuse de voir disparaître ce bâtiment.

Le 18 février 1908, il achète à Félix Labat les matériaux de la villa. L’acquisition ne concerne d’ailleurs pas seulement les pierres : Boulant récupère également les tentures et tapisseries de soie de la salle à manger, le chauffage central ainsi que les murs de clôture.

Il s’engage alors à libérer le terrain dans un délai de seulement deux mois.

Dès le lendemain, 19 février 1908, il achète à la Banque de l’Union parisienne une parcelle de plus de 1 900 m², située une trentaine de mètres plus haut dans la même rue.

Commence alors l’un des épisodes les plus étonnants de l’histoire architecturale de Biarritz.

Une villa déplacée pierre par pierre

Alfred Boulant aurait parfaitement pu utiliser les matériaux récupérés pour construire une nouvelle demeure.

Il choisit une solution beaucoup plus audacieuse : sauver la Villa Labat en la transférant sur son nouveau terrain.

La maison est donc démontée et reconstruite pierre par pierre, quelques dizaines de mètres plus haut sur l’avenue de l’Impératrice.

Selon les recherches de Monique et Francis Rousseau consacrées à l'histoire des villas biarrotes, l'opération aurait été réalisée en seulement deux mois.

Cette histoire exceptionnelle est aujourd’hui reprise par les documents touristiques officiels de Biarritz : la demeure fut bien démontée et reconstruite grâce à Alfred Boulant.

Pendant ce temps, l’emplacement laissé libre permet la construction du prestigieux Hôtel Carlton.

Le palace, réalisé suivant les plans de l’architecte Cazalis, possède environ 300 chambres, toutes équipées d’une salle de bains, un luxe remarquable pour l’époque. Il est inauguré le 15 février 1910.

Ainsi, sur les photographies et cartes postales anciennes, il est possible de comparer deux époques : celle où la Villa Labat occupait encore le terrain face à l’Hôtel du Palais, puis celle où l’imposante silhouette du Carlton prit sa place.

L'avenue de l'Impératrice et la Villa Labat vers 1910

La Villa Labat devient « Cyrano »

Après sa reconstruction, Alfred Boulant donne un nouveau nom à la demeure.

La Villa Labat devient la Villa Cyrano.

Ce nom rend hommage à Edmond Rostand et à sa célèbre pièce Cyrano de Bergerac, créée à Paris en décembre 1897.

Le choix n’est pas simplement lié au succès immense rencontré par la pièce.

Alfred Boulant était un admirateur de Rostand et avait fait représenter Cyrano de Bergerac à Biarritz avec Benoît-Constant Coquelin, dit Coquelin aîné, le comédien qui avait créé le rôle de Cyrano sur scène.

Edmond Rostand entretenait par ailleurs des liens étroits avec le Pays basque. Quelques années auparavant, entre 1903 et 1906, il avait fait construire à Cambo-les-Bains sa célèbre demeure d’Arnaga.

Le nom de Cyrano s’inscrivait donc parfaitement dans l’atmosphère artistique et mondaine du Biarritz de la Belle Époque.

Cyrano aujourd’hui

Plus d’un siècle après son extraordinaire déplacement, la Villa Cyrano est toujours debout.

Elle se trouve au 18 avenue de l’Impératrice, non loin de l’Hôtel du Palais, dans l’un des secteurs de Biarritz où le patrimoine architectural de la Belle Époque demeure particulièrement présent.

La demeure est aujourd’hui une propriété privée et son intérieur ne se visite pas. Elle peut néanmoins être admirée depuis l’extérieur. Destination Biarritz la présente d'ailleurs parmi les villas remarquables de la ville.

Son architecture demeure particulièrement précieuse. Non seulement elle constitue un remarquable exemple de l’Art nouveau à Biarritz, mais elle conserve indirectement le souvenir de l’hôtel particulier parisien de Charles Plumet dont elle s’inspirait et qui a aujourd’hui disparu.

Bibliographie et sources

  • Ville de Biarritz, Aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine (AVAP), inventaire et documents consacrés au patrimoine architectural de Biarritz. La Villa Cyrano y est attribuée à l’architecte Gustave Huguenin et datée de 1900-1902.
  • Lionel Andia, Biarritz, naissance d'une cité, Éditions Arteaz.
  • Monique et Francis Rousseau, recherches consacrées aux villas et à l’architecture du Biarritz de la Belle Époque, notamment l’histoire de la Villa Labat devenue Villa Cyrano.
  • Philippe Cachau, L’Hôtel du Palais, des origines à nos jours, étude historique consacrée à l’ancien palais impérial et à son environnement architectural, comprenant des informations sur Alfred Boulant et la Villa Cyrano.
  • Destination Biarritz – Office de Tourisme, documentation patrimoniale consacrée aux villas remarquables de Biarritz et à la Villa Cyrano.
  • Tourisme 64 – Agence départementale du tourisme des Pyrénées-Atlantiques, fiche patrimoniale « Villa Cyrano », Biarritz.
  • Archives municipales de Biarritz, documents relatifs à l’urbanisme, aux villas et au développement du quartier de l’avenue de l’Impératrice au début du XXᵉ siècle.

La Villa Cyrano de nos jours

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