Le village de Larrau - Larraine

Aux confins de la Soule, là où les vallées se resserrent avant de rejoindre les hauts sommets pyrénéens et la frontière navarraise, Larrau, Larraine en basque, est l'un des villages les plus montagnards du Pays Basque. Son territoire immense, couvert de forêts, de pâturages et de sommets, raconte une histoire intimement liée à l'élevage, aux échanges avec la Navarre, à l'exploitation du bois et, pendant plus d'un siècle, au travail du fer.

Aujourd'hui peu peuplée, la commune comptait pourtant plusieurs centaines d'habitants supplémentaires au début du XXᵉ siècle. Derrière le calme du village actuel se cache ainsi une histoire beaucoup plus animée qu'on pourrait l'imaginer.

Le village de Larrau - Larraine vers 1910

Larrau ou Larraine

Le nom basque actuel de Larrau est Larraine. Les formes anciennes montrent cependant que le nom du village a évolué au cours des siècles.

Il apparaît notamment sous la forme Sanctus Johannes de Larraun en 1174, puis sous celle de l'ospitau de Larraun en 1385.

L'origine exacte du toponyme reste délicate à établir avec certitude. Il est généralement rapproché du basque larre, qui désigne une lande ou un pâturage, interprétation qui correspond particulièrement bien au paysage et à l'ancienne vocation pastorale de ces montagnes. Certaines sources donnent ainsi à Larraun le sens de « lande à pâturage ».

Cette interprétation doit néanmoins être considérée avec prudence, les formes médiévales du nom ne permettant pas d'affirmer une étymologie définitive.

Un immense territoire de Haute-Soule

Larrau appartient historiquement à la Haute-Soule. Contrairement aux villages installés dans les parties plus ouvertes de la vallée du Saison, la commune possède un caractère profondément montagnard.

Son territoire couvre près de 127 km². Il s'étend du fond des vallées jusqu'aux crêtes frontalières et aux sommets dépassant 2 000 mètres.

Le village se trouve ainsi au milieu d'un environnement exceptionnel composé de torrents, de profondes vallées, de pâturages d'altitude et de vastes étendues forestières.

Parmi les sites les plus connus figurent les gorges d'Holzarte, la forêt d'Iraty, le port de Larrau et surtout le pic d'Orhy – Orhi, dont le sommet atteint 2 017 mètres.

Cette géographie explique une grande partie de l'histoire de Larrau : ici, pendant des siècles, la montagne n'était pas simplement un décor. Elle fournissait les pâturages, le bois et une partie des ressources nécessaires à la population.

Le village de Larrau - Larraine vers 1910

Les origines médiévales de Larrau

L'histoire documentée du village nous ramène au XIIᵉ siècle.

En 1178, Raymond-Guillaume II, vicomte de Soule, fit don des terres de Larrau à l'abbaye Sainte-Marie de Sauvelade, située en Béarn.

Cette présence religieuse est à mettre en relation avec l'ancien établissement dont dépendait l'actuelle église Saint-Jean-Baptiste.

L'édifice aurait été entrepris à partir de 1193. Il constituait à l'origine la chapelle d'un hôpital-prieuré dépendant de l'abbaye de Sauvelade. Sa fonction dépassait donc celle d'une simple église villageoise. Dans ces régions montagneuses parcourues par des voyageurs, bergers et pèlerins, les établissements religieux pouvaient également offrir assistance et hospitalité.

La mention en 1385 de « l'ospitau de Larraun » confirme l'existence ancienne de cet établissement.

Le village de Larrau - Larraine vers 1910

L'église Saint-Jean-Baptiste

L'église Saint-Jean-Baptiste constitue aujourd'hui l'un des principaux témoins de cette histoire médiévale.

La petite nef primitive fut agrandie dans la première moitié du XVIᵉ siècle. L'édifice fut alors prolongé vers l'ouest et doté d'un clocher-porche, tandis que deux chapelles latérales furent aménagées à l'est.

Les guerres de Religion causèrent des dégâts qui nécessitèrent des réparations en 1655.

La Révolution française entraîna une nouvelle rupture. Désaffectée, l'église aurait notamment servi de hangar à fourrage lors du passage d'une troupe forte de quelque 10 000 hommes, avant de retrouver par la suite sa fonction religieuse et de devenir l'église paroissiale du village.

Ainsi, derrière son apparence relativement modeste, l'église de Larrau conserve près de huit siècles d'histoire.

Le village de Larrau - Larraine vers 1910

Une société tournée vers le pastoralisme

Pendant des générations, l'économie de Larrau reposa avant tout sur l'élevage et l'utilisation des pâturages de montagne.

Lorsque revenaient les beaux jours, les troupeaux gagnaient les hauteurs. Les bergers séjournaient alors dans les cayolars, ces cabanes pastorales caractéristiques des montagnes souletines.

Autour de ces constructions s'organisait toute une économie saisonnière. Les pâturages étaient exploités collectivement selon des usages anciens et les troupeaux se déplaçaient entre les exploitations de la vallée et les estives.

Le mouton occupait naturellement une place essentielle. Le lait permettait la fabrication des fromages tandis que les animaux représentaient une ressource économique indispensable pour les familles.

Les chemins que parcourent aujourd'hui les randonneurs sont ainsi, pour certains, les héritiers d'anciens itinéraires pastoraux empruntés pendant des générations.

Les forêts, une autre richesse de Larrau

La forêt constituait l'autre grande ressource du territoire.

Le bois était indispensable à la construction et au chauffage, mais il alimentait également une activité aujourd'hui presque disparue : celle des charbonniers.

Dans les montagnes, le bois était transformé en charbon de bois dans des meules aménagées au cœur des forêts. Cette production prit une importance particulière lorsque se développa l'industrie métallurgique de Larrau.

Car le village ne fut pas seulement une communauté de bergers : il connut également une véritable activité industrielle.

Les forges de Larrau

Au XVIIIᵉ siècle se développa en contrebas du village la forge d'Udoipeia, qui allait profondément marquer l'histoire locale.

Son exploitation débuta vraisemblablement autour des années 1730-1740.

Le fonctionnement de la forge reposait sur les ressources disponibles dans la montagne. Le minerai était transporté jusqu'au site, parfois à dos de mulet. L'eau des torrents fournissait l'énergie nécessaire pour actionner les marteaux hydrauliques tandis que les forêts procuraient le charbon de bois indispensable aux opérations métallurgiques.

Avant la Révolution, la forge aurait consommé chaque année l'équivalent d'environ sept hectares de forêt.

À la veille de 1789, les installations furent améliorées grâce à une soufflerie alimentée par une chute d'eau.

Une nouvelle étape fut franchie en 1836-1837, avec la construction d'un haut-fourneau d'une dizaine de mètres de hauteur. Des ouvriers spécialisés vinrent travailler à Larrau, notamment de Navarre puis de Franche-Comté.

À son apogée, l'activité métallurgique aurait fait vivre directement ou indirectement jusqu'à 150 personnes.

On imagine alors un Larrau bien différent du village tranquille d'aujourd'hui : muletiers transportant le minerai, charbonniers travaillant dans les forêts, ouvriers autour des fours et des martinets, bergers et agriculteurs se croisant sur les chemins.

Le quartier des Forges à Larrau en 1910

Le déclin des forges

Les conditions restaient cependant difficiles.

Le minerai n'était pas toujours de bonne qualité et devait être transporté sur des chemins de montagne. Les produits fabriqués devaient ensuite rejoindre notamment Tardets, situé à une vingtaine de kilomètres.

Les événements naturels pouvaient également être catastrophiques. Un violent orage détruisit ainsi les installations en 1800.

Au XIXᵉ siècle, la modernisation de la métallurgie française et le développement de moyens de transport plus performants condamnèrent progressivement les petites forges pyrénéennes.

La forge de Larrau cessa définitivement son activité vers 1870.

Elle laissait derrière elle plus d'un siècle d'histoire industrielle dans cette vallée que l'on associe aujourd'hui surtout au pastoralisme.

Une montagne ouverte vers la Navarre

Larrau occupe depuis toujours une position particulière à proximité immédiate de la Navarre.

La frontière actuelle ne doit pas faire oublier que les populations des deux versants entretenaient autrefois de nombreux rapports.

Les bergers franchissaient les montagnes avec leurs troupeaux, les habitants commerçaient et échangeaient avec les vallées voisines et différents passages permettaient de relier la Soule aux vallées navarraises.

Le port de Larrau, à plus de 1 500 mètres d'altitude, constitue l'un de ces passages naturels à travers la chaîne pyrénéenne.

Aujourd'hui une route franchit la frontière à cet endroit et permet de rejoindre la vallée navarraise de Salazar.

Pendant longtemps cependant, ces déplacements s'effectuaient à pied ou à dos de mulet. À côté des échanges autorisés existaient également différents trafics de contrebande, phénomène caractéristique de nombreuses vallées frontalières du Pays Basque.

La frontière séparait administrativement deux États mais beaucoup moins les populations montagnardes qui partageaient une langue, des pratiques pastorales et des habitudes communes.

Le village de Larrau - Larraine vers 1910

Les villages voisins

L'immensité du territoire communal explique que Larrau possède de nombreux voisins.

Du côté souletin se trouvent notamment Sainte-Engrâce, Licq-Athérey, Etchebar, Lacarry-Arhan-Charritte-de-Haut et Alçay-Alçabéhéty-Sunharette.

À l'ouest, les montagnes rejoignent les territoires de Mendive et Lecumberry, en Basse-Navarre.

Au sud s'étend la Navarre espagnole, avec notamment les territoires d'Ochagavía – Otsagabia, Uztárroz – Uztarroze et Isaba – Izaba.

Larrau occupe ainsi une position géographique remarquable, à la rencontre de la Soule, de la Basse-Navarre et de la Navarre.

Plus de 800 habitants au début du XXᵉ siècle

Il suffit de comparer les recensements anciens à la population actuelle pour mesurer les transformations vécues par Larrau.

Au milieu du XIXᵉ siècle, la commune dépassait même le millier d'habitants. Elle aurait atteint 1 307 habitants en 1856.

À la charnière des XIXᵉ et XXᵉ siècles, la population restait encore considérable pour un village aussi isolé : le recensement de 1901 dénombrait environ 846 habitants.

Agriculteurs, bergers, artisans, domestiques, commerçants et travailleurs liés à l'exploitation forestière formaient alors une communauté beaucoup plus importante qu'aujourd'hui.

Puis vint le lent déclin démographique caractéristique de nombreuses communes de montagne.

La population tomba à 405 habitants en 1968, 345 en 1975, 298 en 1982, 241 en 1990 et 214 en 1999. Les dernières données de l'Insee établissent la population à 179 habitants en 2023, soit seulement 1,4 habitant au km².

En un peu plus d'un siècle, Larrau a donc perdu près de quatre habitants sur cinq.

Larrau est ainsi bien davantage qu'un village au pied des Pyrénées : c'est un territoire où l'histoire des hommes s'est écrite pendant des siècles au rythme de la montagne.

Bibliographie et sources

  • INSEE, Commune de Larrau (64316) — données démographiques, recensements de la population, logements et évolution de la commune.
  • Euskaltzaindia – Académie de la langue basque, travaux consacrés à la toponymie et aux noms des communes du Pays Basque ; forme basque Larraine.
  • Paul Raymond, Dictionnaire topographique du département des Basses-Pyrénées, Paris, Imprimerie nationale, 1863 — formes anciennes des noms de lieux et mentions historiques de Larrau.
  • Jean-Baptiste Orpustan, travaux sur la toponymie basque et les noms de lieux du Pays Basque.
  • Philippe Veyrin, Les Basques de Labourd, de Soule et de Basse-Navarre : leur histoire et leurs traditions, Musée Basque, Bayonne.
  • Jean de Jaurgain, La Vasconie. Étude historique et critique sur les origines du royaume de Navarre, du duché de Gascogne, des comtés de Comminges, d'Aragon, de Foix, de Bigorre, d'Alava et de Biscaye, de la vicomté de Béarn et des grands fiefs du duché de Gascogne, Pau, 1898-1902.
  • Base Mérimée – Ministère de la Culture, notices patrimoniales concernant Larrau et l'église Saint-Jean-Baptiste.
  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, recensements de population, archives communales et documents historiques concernant Larrau et la Haute-Soule.
  • Géoportail – IGN, cartes topographiques de Larrau, du pic d'Orhy, du port de Larrau, d'Holzarte et des montagnes de Haute-Soule.
  • Institut culturel basque – Euskal kultur erakundea, ressources consacrées au patrimoine, à la langue et aux traditions de la Soule.

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