La Maison des Fous à Ascain : l’étonnante demeure de Ferdinand Pinney Earle

À quelques pas du vieux pont d’Ascain, dans un environnement dominé par la Nivelle, se dresse l’une des maisons les plus singulières du Pays basque. Avec ses volumes arrondis, ses murs aux formes inhabituelles et son architecture évoquant davantage le Nouveau-Mexique que le Labourd, la demeure ne ressemble à aucune autre.

Construite en 1930 pour l’artiste et décorateur de cinéma américain Ferdinand Pinney Earle, elle est rapidement surnommée par les habitants « la Maison des Fous », appellation également associée au nom basque Eroen Etxea.

La Maison des Fous depuis le Pont Romain d'Ascain

Ferdinand Pinney Earle, un Américain à Ascain

Né à New York en 1878, Ferdinand Pinney Earle appartient au monde artistique américain du début du XXᵉ siècle. Peintre, illustrateur et décorateur, il travaille notamment dans l’industrie cinématographique naissante et acquiert une certaine notoriété à Hollywood au cours des années 1910 et 1920.

À la fin des années 1920, il choisit de s’installer au Pays basque et fait construire à Ascain une demeure correspondant à son imagination et à ses influences artistiques.

Son choix n’est pas anodin. À cette époque, la Côte basque et les villages proches de la frontière attirent de nombreux artistes, écrivains et personnalités fortunées. Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Ciboure et Ascain connaissent alors une importante activité touristique et culturelle.

Une architecture venue du Nouveau-Mexique

La maison est édifiée en 1930, au lieu-dit Muga, non loin de la Nivelle. Dans un village où domine l’architecture labourdine traditionnelle, avec ses façades blanches, ses toitures à deux pans et ses colombages, l’apparition de cette étrange construction ne pouvait que surprendre.

Ferdinand Pinney Earle s’inspire notamment des maisons en adobe de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, et de l’architecture dite Pueblo, caractéristique du sud-ouest des États-Unis.

Les façades aux lignes irrégulières, les volumes arrondis et les différents éléments décoratifs donnent ainsi à la demeure l’apparence d’un décor de cinéma transplanté au pied de la Rhune.

Cette architecture volontairement exotique constitue aujourd’hui un témoignage particulièrement rare de l’influence du régionalisme américain des années 1920 et 1930 au Pays basque.

La Maison des Fous à Ascain : l’étonnante demeure de Ferdinand Pinney Earle

Une maison en forme de revolver

La particularité la plus étonnante de la demeure apparaît lorsqu’on observe son plan : la maison a été conçue suivant une forme évoquant un revolver.

Cette caractéristique, qui pourrait sembler appartenir à la légende, est bien mentionnée dans la documentation patrimoniale officielle consacrée au bâtiment.

Une anecdote locale raconte que cette forme serait née d’un pari entre Ferdinand Pinney Earle et le célèbre architecte américain Frank Lloyd Wright. L’histoire est séduisante et régulièrement rapportée lorsqu’on évoque la Maison du Fou, mais elle demeure difficile à établir avec certitude faute de documents historiques permettant de la confirmer.

Elle participe néanmoins à la réputation mystérieuse de cette demeure hors du commun.

La maison a été conçue suivant une forme évoquant un revolver.

Pourquoi l’appelle-t-on « la Maison des Fou » ?

Dans l’Ascain des années 1930, cette architecture venue d’Amérique contraste fortement avec les maisons traditionnelles du village.

Les habitants auraient alors rapidement surnommé la demeure « la Maison des Fous ». On rencontre également l’appellation basque Eroen Etxea, littéralement « la maison des fous ».

Le surnom reflète surtout l’étonnement que pouvait provoquer une construction aussi extravagante dans le paysage rural labourdin de l’entre-deux-guerres.

Un lieu fréquenté par les artistes

La personnalité de Ferdinand Pinney Earle et son passé dans le monde du cinéma font également de la maison un lieu de rencontres.

La documentation officielle des Monuments historiques indique qu’il y reçut de nombreuses personnalités du spectacle et des arts.

La tradition locale associe ainsi à la maison plusieurs grands noms du XXᵉ siècle. La commune d’Ascain évoque notamment Charlie Chaplin, Joséphine Baker et Le Corbusier. D’autres récits citent encore diverses personnalités du cinéma, de la musique ou du spectacle.

Le départ de Ferdinand Pinney Earle

La Seconde Guerre mondiale marque une rupture dans l’histoire de la maison.

En 1940, avec l’occupation allemande du Pays basque, Ferdinand Pinney Earle quitte Ascain et retourne aux États-Unis avec sa famille.

Une anecdote locale particulièrement pittoresque raconte qu’avant son départ, il aurait préféré précipiter sa voiture dans la Nivelle plutôt que de la laisser derrière lui.

L’histoire appartient aujourd’hui au folklore qui entoure la Maison du Fou. Faute de documents permettant de l’attester formellement, elle doit toutefois être considérée comme une tradition locale plutôt que comme un fait historique établi.

Ferdinand Pinney Earle meurt aux États-Unis en 1951.

Un monument historique

Longtemps considérée avant tout comme une curiosité locale, la Maison des Fous est aujourd’hui reconnue pour son véritable intérêt architectural.

La Maison de Ferdinand Pinney Earle est inscrite en totalité au titre des Monuments historiques depuis le 13 janvier 2000.

Sa protection reconnaît notamment l’originalité de son plan et de son décor intérieur. Elle constitue surtout un exemple exceptionnel de l’introduction d’une architecture inspirée du sud-ouest américain dans le paysage du Pays basque français.

Une curiosité unique du patrimoine d’Ascain

Près d’un siècle après sa construction, la Maison du Fou demeure l’une des curiosités architecturales les plus étonnantes d’Ascain.

Dans un village profondément marqué par l’architecture traditionnelle labourdine, cette demeure inspirée des pueblos du Nouveau-Mexique rappelle également une période particulière de l’histoire du Pays basque : celle de l’entre-deux-guerres, lorsque la région attirait artistes, écrivains, cinéastes et personnalités venues de toute l’Europe et des États-Unis.

Avec son plan en forme de revolver, son architecture américaine et les nombreuses anecdotes entourant son propriétaire, Eroen Etxea, la Maison des Fous, conserve encore aujourd’hui une part de mystère.

Étrange rencontre entre Hollywood, le Nouveau-Mexique et le Pays basque, elle constitue un patrimoine unique, né de l’imagination d’un artiste américain venu installer au bord de la Nivelle l’une des maisons les plus originales du Labourd.

La Maison des Fous à Ascain : l’étonnante demeure de Ferdinand Pinney Earle

Bibliographie / Sources

  • Ministère de la Culture – Base POP, Mérimée, Maison de Ferdinand Pinney Earle, notice PA64000037. Source principale : construction en 1930, style pueblo, inspiration des maisons en adobe de Santa Fe, plan en forme de revolver et inscription aux Monuments historiques le 13 janvier 2000.
    Consulter la notice officielle POP
  • Mairie d’Ascain, rubrique Découvrir Ascain – Erroen etxea (La maison du fou). La commune évoque Ferdinand Earle ainsi que les personnalités reçues dans la demeure, notamment Le Corbusier, Charlie Chaplin et Joséphine Baker.
    Découvrir Ascain – site officiel de la commune
  • Monumentum, Maison de Ferdinand Pinney Earle à Ascain, d’après les données de la base Mérimée du ministère de la Culture.
  • Office de tourisme du Pays basque, documentation patrimoniale et parcours de découverte d’Ascain, mentionnant la « maison Ferdinand Earle », dite « maison du fou », à proximité du vieux pont.

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