Au début du XXᵉ siècle, les rues de Bayonne connaissent une transformation profonde. Aux voitures à cheval, charrettes, bicyclettes et tramways viennent progressivement s'ajouter les automobiles. Encore réservée à une clientèle relativement aisée avant la Première Guerre mondiale, la voiture se démocratise durant les années 1920 et devient de plus en plus présente dans le paysage urbain.
Cette évolution pose rapidement un problème nouveau aux municipalités : où faire stationner ces automobiles de plus en plus nombreuses ? Les rues anciennes de Bayonne, souvent étroites et conçues bien avant l'apparition de la voiture, doivent désormais accueillir à la fois la circulation et des véhicules laissés parfois durant plusieurs heures sur la voie publique.
Une mesure particulièrement précoce
C'est dans ce contexte qu'en 1926, la municipalité bayonnaise décide de réglementer le stationnement des automobiles. Le maire de Bayonne, Joseph Garat, signe le 15 février 1926 un arrêté instituant une taxe pour certains véhicules stationnant sur la voie publique.
La nouvelle réglementation entre en application le 20 mars 1926. Bayonne est dès lors généralement citée comme la première ville française à avoir instauré un système de stationnement automobile payant.
Il ne s'agit évidemment pas encore du stationnement payant tel que nous le connaissons aujourd'hui. Aucun horodateur n'existe et les parcmètres ne feront leur apparition que plusieurs années plus tard. Le système bayonnais repose sur une taxe municipale d'occupation de la voie publique.
Deux francs par voiture et par jour
Pour pouvoir laisser leur automobile sur certains emplacements, les automobilistes doivent acquitter une taxe fixée à 2 francs par véhicule et par jour.
Les propriétaires domiciliés à Bayonne bénéficient d'une autre possibilité : ils peuvent souscrire un abonnement annuel de 36 francs par automobile.
L'objectif de la municipalité n'est pas seulement financier. Il s'agit surtout d'empêcher certaines rues du centre-ville de devenir des garages permanents et de mieux répartir les automobiles dans une ville où l'espace disponible reste limité.
Le stationnement payant devient ainsi l'un des premiers outils employés par la municipalité pour tenter de maîtriser les conséquences de l'essor automobile.
Combien vaudraient aujourd’hui 2 francs de 1926 ?
En 1926, la taxe de stationnement instaurée à Bayonne était fixée à 2 francs par véhicule et par jour. En tenant compte de l’évolution des prix et du pouvoir d’achat, cette somme représenterait environ 1,60 € en 2026. Une somme qui peut paraître modeste aujourd’hui, mais qui constituait à l’époque une véritable nouveauté : pour la première fois, les automobilistes devaient payer pour occuper certains emplacements de la voie publique.
Des emplacements dans le Grand-Bayonne
La réglementation concerne plusieurs secteurs particulièrement fréquentés du Grand-Bayonne.
Parmi les rues concernées figure notamment la rue Port-Neuf, l'une des principales artères commerçantes de la ville. Une partie de la rue Lormand, la rue de la Mairie ainsi que la rue Thiers sont également comprises dans le dispositif.
Dans certaines rues suffisamment larges, les automobiles peuvent alors être garées selon des dispositions qui paraîtraient aujourd'hui étonnantes. Rue Thiers, par exemple, le stationnement peut s'effectuer en deux rangées dans l'axe de la chaussée.
Ces pratiques témoignent d'une époque où les règles de circulation et de stationnement sont encore en pleine construction.
Petit-Bayonne et Saint-Esprit également concernés
Le dispositif ne se limite pas au centre du Grand-Bayonne.
Dans le Petit-Bayonne, des emplacements payants sont notamment prévus dans la rue Frédéric-Bastiat, entre la place du Réduit et le Jardin public.
Sur la rive droite de l'Adour, le quartier Saint-Esprit est lui aussi concerné. Des zones de stationnement taxé sont aménagées notamment aux abords de la place Saint-Esprit et du boulevard Alsace-Lorraine.
La municipalité ne transforme toutefois pas l'ensemble de Bayonne en zone payante. Plusieurs emplacements demeurent gratuits, notamment dans certains secteurs proches du Château-Vieux, de la rue de l'Évêché, de la place Jacques-Portes ou encore des allées Boufflers.
L'automobiliste dispose donc toujours de la possibilité de laisser gratuitement son véhicule, à condition parfois de s'éloigner légèrement des rues les plus commerçantes.
Une nouveauté qui provoque des protestations
Cette décision municipale ne passe évidemment pas inaperçue. Pour les automobilistes de 1926, devoir payer simplement pour laisser sa voiture dans une rue constitue une idée particulièrement nouvelle.
La mesure suscite rapidement des critiques et plusieurs commerçants bayonnais manifestent leur inquiétude. Ils craignent notamment que les automobilistes préfèrent éviter les rues payantes et que cette nouvelle taxe pénalise leurs commerces.
La polémique dépasse même le cadre local. La presse s'intéresse à cette étonnante initiative prise au Pays basque et le quotidien sportif parisien L'Auto, très attentif à tout ce qui concerne l'automobile, critique la mesure bayonnaise.
Les défenseurs de la taxe avancent cependant un argument qui reste étonnamment moderne : la rue appartient à tous et ne doit pas être occupée indéfiniment par quelques véhicules particuliers. Lorsqu'un automobiliste utilise durablement une partie de la voie publique pour y laisser sa voiture, il paraît donc légitime, selon eux, qu'il contribue financièrement à cette occupation.
Les arrêts de courte durée restent par ailleurs possibles, ce qui permet aux automobilistes de déposer des passagers ou d'effectuer rapidement une course sans transformer chaque arrêt en stationnement payant.
Bien avant les parcmètres
Il faut cependant distinguer le système bayonnais des futurs parcmètres.
Le premier appareil de ce type est généralement associé à Oklahoma City, aux États-Unis, en 1935, près de dix ans après la décision prise à Bayonne. L'automobiliste introduit alors directement une pièce dans une machine installée à proximité de la place de stationnement.
En France, ces appareils n'apparaîtront que beaucoup plus tard. À Bayonne en 1926, le principe repose donc sur une réglementation et une taxe municipale, et non sur une machine contrôlant individuellement la durée de stationnement.
Cette différence explique pourquoi il est plus exact de parler de premiers stationnements automobiles payants ou de taxe de stationnement, plutôt que de « premiers parcmètres ».
Une petite révolution dans les rues de Bayonne
L'arrêté municipal de février 1926 pourrait aujourd'hui sembler anecdotique. Il constitue pourtant un témoignage remarquable de la transformation des villes françaises au début du XXᵉ siècle.
Pour la première fois, l'automobile n'est plus seulement considérée comme un moyen de transport moderne et prestigieux. Elle devient également un objet encombrant qu'il faut organiser, réglementer et parfois taxer.
Bayonne apparaît ainsi comme une ville particulièrement précoce dans la gestion de cette nouvelle occupation de l'espace urbain. Dès le 20 mars 1926, certains automobilistes doivent payer pour laisser leur voiture dans les rues les plus fréquentées de la cité.
À travers cette décision se dessine déjà une question toujours actuelle près d'un siècle plus tard : comment partager les rues entre habitants, commerçants, piétons, transports collectifs et automobiles ?
Le stationnement payant bayonnais de 1926 constitue ainsi bien davantage qu'une simple curiosité locale. Il témoigne de l'entrée de Bayonne dans l'ère de l'automobile et des premières tentatives pour adapter une ville ancienne à un moyen de transport appelé à bouleverser durablement son paysage.
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