Dominant l’océan à la limite de Bidart et de Biarritz, dans le quartier d’Ilbarritz, l’imposante silhouette de La Roseraierappelle l’une des périodes les plus fastueuses de la Côte basque. Construit à la fin des années 1920 comme hôtel-casino de grand luxe, cet établissement devait participer au développement touristique d’Ilbarritz et attirer la riche clientèle qui fréquentait alors Biarritz.
Son histoire fut pourtant beaucoup plus mouvementée que prévu. Après seulement quelques années d’existence comme palace, La Roseraie fut victime de la crise économique, avant de connaître une seconde destinée totalement différente en devenant, à partir de 1937, un important hôpital destiné aux réfugiés et combattants basques blessés pendant la guerre d’Espagne.
Ilbarritz, un quartier en pleine transformation
Au début du XXᵉ siècle, le secteur d’Ilbarritz est encore largement dominé par le spectaculaire château du baron Albert de l’Espée, construit à la fin du XIXᵉ siècle face à l’océan.
Après la mort du baron en 1918, le vaste domaine est progressivement morcelé. Dans les années 1920, alors que Biarritz et la Côte basque connaissent une période d’intense développement touristique et immobilier, les terrains d’Ilbarritz suscitent de nouveaux projets.
Hôtels, casinos, villas, équipements sportifs et établissements de loisirs doivent permettre d’étendre vers le sud la prestigieuse station balnéaire biarrote.
C’est dans ce contexte que naît le projet de La Roseraie.
Le Château d'Ilbarritz à Bidart au début du XXe siècle
Un hôtel-casino construit par Joseph Hiriart
La Roseraie est construite entre 1927 et 1928 par l’architecte Joseph Hiriart (1888-1946), l’un des grands représentants de l’architecture Art déco sur la Côte basque.
Originaire de Bayonne, Hiriart participe au renouvellement architectural de l’entre-deux-guerres en associant les formes modernes de l’Art déco à certains éléments inspirés de l’architecture régionale basque. La Roseraie constitue l’une de ses réalisations les plus ambitieuses.
L'établissement est inauguré le 14 août 1928. Les sources contemporaines et les études consacrées au bâtiment le présentent comme l'un des ensembles Art déco les plus remarquables de la Côte basque.
Le projet est également associé à Alexandre Stavisky, dit « le beau Sacha », personnage d’affaires qui deviendra quelques années plus tard célèbre dans toute la France à la suite du scandale politico-financier portant son nom.
La propriété et l'exploitation commerciale de l'ensemble sont notamment liées à la Compagnie hôtelière de la Côte Basque, mentionnée en 1928 comme propriétaire du casino et de l'hôtel La Roseraie.
La Roseraie est construite entre 1927 et 1928 par l’architecte Joseph Hiriart
Un palace de 150 chambres face à l’océan
Tout est conçu pour faire de La Roseraie un établissement capable de rivaliser avec les grands hôtels de Biarritz.
Le bâtiment comprend un rez-de-chaussée surmonté de cinq étages et compte environ 150 chambres, décrites comme particulièrement vastes et luxueuses.
Sa situation sur les hauteurs d’Ilbarritz permet de profiter d'un panorama exceptionnel sur l'océan et la Côte basque.
Les équipements témoignent du niveau de confort recherché. La Roseraie possède notamment un restaurant panoramique, un bar, un institut de beauté, des courts de tennis, un golf miniature ainsi qu'un casino.
Des photographies conservées de l'établissement montrent également des jardins, des espaces de détente et des piscines à l'arrière du bâtiment.
La Roseraie n'est donc pas conçue comme un simple hôtel : elle constitue un véritable complexe touristique et mondain destiné à une clientèle aisée.
L'hôtel-casino de la Roseraie à Bidart en 1929
Le casino de La Roseraie
Le casino occupe naturellement une place importante dans le projet.
Durant les Années folles, les casinos constituent l'un des principaux attraits des stations balnéaires. Biarritz possède déjà plusieurs établissements prestigieux et La Roseraie cherche à profiter de cette clientèle internationale venue séjourner sur la Côte basque.
L'établissement associe ainsi hébergement, restauration, jeux et loisirs dans un même ensemble.
L'aventure du casino sera cependant brève. Les difficultés financières rencontrées par La Roseraie empêcheront le complexe de connaître le développement espéré.
Le restaurant de l'hôtel-casino de La Roseraie à Bidart en 1929
Une importante campagne de promotion
La Compagnie hôtelière de la Côte Basque cherche rapidement à faire connaître son nouvel établissement.
À peine quelques jours après l'inauguration, elle participe notamment à l'organisation d'un étonnant rallye-camping Paris-Ilbarritz, réalisé avec le concours du journal L'Auto et de La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz.
La manifestation se déroule du 28 août au 1er septembre 1928.
Les participants doivent parcourir environ 800 kilomètres, répartis en quatre étapes : Paris-Blois, Blois-Périgueux, Périgueux-Mont-de-Marsan et enfin Mont-de-Marsan-Ilbarritz.
Cette opération témoigne des ambitions touristiques qui entourent alors La Roseraie et plus largement le développement d'Ilbarritz.
Le casino de La Roseraie en 1928
La crise de 1929 brise les ambitions du palace
L'avenir semblait pourtant prometteur.
À la fin des années 1920, la Côte basque attire une clientèle française et étrangère particulièrement fortunée. Les palaces, casinos et villas se multiplient entre Biarritz, Bidart, Guéthary et Saint-Jean-de-Luz.
Mais quelques mois seulement après l'ouverture de La Roseraie survient la crise économique mondiale de 1929.
La fréquentation des établissements de luxe est durement touchée. Le gigantesque complexe d'Ilbarritz, dont l'exploitation nécessite des dépenses considérables, ne parvient pas à trouver durablement son équilibre financier.
La Roseraie cesse finalement son activité hôtelière. Le rêve d'un grand palace destiné à accompagner l'expansion touristique d'Ilbarritz aura été de courte durée.
1937 : La Roseraie devient un hôpital
Quelques années plus tard, le bâtiment abandonné va connaître une destinée totalement différente.
En 1936, la guerre civile éclate en Espagne. Le Pays basque sud est directement touché par les combats. Après la chute de Bilbao en juin 1937 et l'avancée des troupes franquistes, des milliers de réfugiés traversent la frontière ou sont évacués par mer.
Parmi eux se trouvent de nombreux combattants basques, les gudaris, blessés ou mutilés.
Le 20 août 1937, un navire quitte Santander en direction de Bayonne avec environ 400 blessés et mutilés à son bord.
Pour accueillir ces hommes, le Gouvernement basque loue l'ancien hôtel de La Roseraie et le transforme en vaste établissement hospitalier.
Le palace destiné quelques années auparavant aux touristes fortunés devient ainsi l'un des principaux centres d'accueil et de soins organisés en France par le Gouvernement d'Euskadi en exil.
Le 28 juin 1937, le Gouvernement basque loua le complexe hôtelier pour la somme de 100 000 francs, afin de le transformer en hôpital destiné à accueillir et soigner les combattants basques blessés.
Plus de 1 600 personnes accueillies
L'établissement prend rapidement une importance considérable.
En 1938, La Roseraie accueille en permanence environ 240 patients, avec certaines périodes où plus de 300 blessés et malades sont présents simultanément.
Entre 70 et 80 personnes travaillent alors dans les différents services médicaux et administratifs.
Les recherches plus récentes consacrées à l'établissement indiquent que plus de 1 600 combattants et civils basques auraient été accueillis à La Roseraie entre 1937 et 1940.
L'ancien hôtel n'est pas uniquement un lieu de soins. La rééducation et la préparation de l'avenir des blessés occupent également une place importante. Des ateliers et différentes activités sont organisés pour les pensionnaires.
Les photographies conservées de cette période montrent notamment le hall, le réfectoire, la chapelle, les jardins, les piscines et plusieurs bâtiments annexes utilisés par l'hôpital.
En 1938, La Roseraie accueille environ 240 patients, parfois plus de 300 simultanément.
Un lieu de solidarité basque
La Roseraie devient progressivement bien davantage qu'un simple hôpital.
Pour ces hommes éloignés de leur famille et de leur village, l'établissement constitue un véritable lieu de vie. Malgré les blessures et les traumatismes de la guerre, des activités culturelles, sportives et éducatives sont organisées.
Une chorale composée de blessés voit notamment le jour.
Les habitants de Bidart et des communes voisines côtoient ces réfugiés basques venus de l'autre côté des Pyrénées. Cette période laissera un souvenir profond dans la mémoire locale.
Aujourd'hui encore, plusieurs stèles discoïdales du cimetière de Bidart rappellent la présence des réfugiés décédés pendant leur séjour à La Roseraie.
En 1938, La Roseraie accueille environ 240 patients, parfois plus de 300 simultanément.
1940 : l'occupation allemande
L'histoire de l'hôpital s'achève avec la Seconde Guerre mondiale.
Après l'armistice de juin 1940, les troupes allemandes arrivent sur la Côte basque. Le 27 juin 1940, elles occupent le secteur.
La Roseraie est alors vidée de ses pensionnaires et réquisitionnée par l'occupant.
L'établissement qui, pendant près de trois années, avait accueilli et soigné les réfugiés et combattants basques cesse définitivement de fonctionner comme hôpital.
Les troupes allemandes occupent la Côte basque le 27 juin 1940 et réquisitionnent La Roseraie.
De la colonie de vacances aux appartements
Après la guerre, l'ancien palace connaît encore plusieurs affectations.
Le bâtiment est notamment utilisé comme colonie de vacances, avant d'être progressivement transformé et divisé en appartements.
Malgré ces transformations, l'imposante construction de Joseph Hiriart demeure parfaitement reconnaissable dans le paysage d'Ilbarritz.
Près d'un siècle après son inauguration, La Roseraie reste ainsi l'un des témoins les plus spectaculaires de l'architecture touristique de l'entre-deux-guerres sur la Côte basque.
La Roseraie est notamment utilisé comme colonie de vacances, avant d'être progressivement transformé en appartements.
Bibliographie et sources
- Jean-Claude Larronde, travaux consacrés à l’hôpital de La Roseraie et aux réfugiés basques en France pendant la guerre d’Espagne.
- Jocelyne François et Serge Gimbert, Le Palais de La Roseraie, ouvrage consacré à l’histoire et à l’architecture de l’ancien palace d’Ilbarritz.
- Musée du nationalisme basque – Sabino Arana Fundazioa, fonds photographique et dossier consacré à l’hôpital de La Roseraie.
- Euskonews, Jean-Claude Larronde, étude historique sur l’hôpital de La Roseraie et l’accueil des réfugiés basques.
- Ville de Bidart, Bidart Infos, juin 2026, dossier historique consacré au rallye-camping Paris-Ilbarritz de 1928 et à la Compagnie hôtelière de la Côte Basque.
- Documentation consacrée à Joseph Hiriart (1888-1946) et à l’architecture Art déco de la Côte basque.
- Presse régionale et touristique de l’entre-deux-guerres, notamment La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz et L’Auto.
Le Château d'Ilbarritz et La Roseraie de nos jours
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