Situé au pied de l'Artzamendi et du Mondarrain, dans la province du Labourd, Itxassou (Itsasu en basque) est l'un des villages les plus emblématiques du Pays basque intérieur. Niché entre montagnes, forêts et Nive, il séduit par son patrimoine, son histoire et son environnement naturel exceptionnel.
Aujourd'hui, les habitants d'Itxassou sont appelés les Itsasuar.
Le village d'Itxassou - Itsasu au début du XXe siècle
L'origine du nom d'Itxassou
Le nom Itsasu provient de la langue basque. Il pourrait signifier « lieu où le genêt abonde », en référence au mot itsas ou isats (genêt), associé au suffixe -tzu, qui désigne l'abondance.
Cette origine est commune à plusieurs toponymes basques, tels que Itsaso, Itsasondo, Ezkio-Itsaso ou encore Jatxou (Jaxu), témoignant de l'ancienneté de la langue basque dans cette région.
Le village d'Itxassou - Itsasu au début du XXe siècle
Les villages voisins
Grâce à sa situation centrale dans le Labourd, Itxassou se trouve à proximité de nombreux villages :
- Cambo-les-Bains : 3,2 km
- Espelette : 3,6 km
- Louhossoa : 4,5 km
- Halsou : 5,2 km
- Larressore : 5,3 km
- Souraïde : 5,8 km
- Jatxou : 6,9 km
- Macaye : 7,2 km
- Bidarray : 10 km
Cette position privilégiée en fait un excellent point de départ pour découvrir le Pays basque intérieur.
Les anciennes mines d'or d'Itxassou
Peu de visiteurs le savent, mais Itxassou est également réputé pour ses anciennes mines d'or. Exploitées durant plusieurs siècles, elles témoignent d'une activité minière aujourd'hui disparue mais qui a marqué l'histoire économique de la commune.
L'église Saint-Fructueux
Au centre du village se dresse la l'église Saint-Fructueux, remarquable exemple de l'architecture religieuse labourdine.
Construite au XVIIᵉ siècle à l'emplacement d'un édifice plus ancien, elle mesure près de 38 mètres de long pour 15 mètres de large. Son clocher carré, coiffé d'un élégant clocheton, atteint environ 20 mètres de hauteur.
L'ensemble de l'église est inscrit aux Monuments historiques depuis 2014, soulignant son intérêt patrimonial.
Itxassou pendant la Révolution française
La Révolution française bouleversa profondément l'organisation administrative du Pays basque. Avec la création du département des Basses-Pyrénées en 1790, les anciennes provinces basques furent intégrées à une nouvelle organisation territoriale composée des districts de Mauléon, Saint-Palais et Ustaritz, rapidement transféré à Bayonne.
Comme de nombreuses communes françaises, Itxassou changea temporairement de nom durant cette période révolutionnaire et fut rebaptisé « Union ».
La déportation des habitants en 1794
L'un des épisodes les plus douloureux de l'histoire d'Itxassou survint pendant la Terreur.
En 1794, après la désertion de quarante-sept jeunes hommes du village, les autorités révolutionnaires accusèrent plusieurs communes proches de la frontière espagnole de manquer de loyauté envers la République.
Par un arrêté du 13 ventôse an II (3 mars 1794), les habitants d'Itxassou, ainsi que ceux d'Ainhoa, Ascain, Espelette, Sare et Souraïde, furent arrêtés puis déportés. Cette mesure fut ensuite étendue à d'autres villages voisins, notamment Cambo, Larressore, Louhossoa, Mendionde, Macaye et Biriatou.
Les familles furent d'abord rassemblées dans les églises avant d'être envoyées vers Bayonne, Capbreton, Saint-Vincent-de-Tyrosse ou Ondres. D'autres furent dispersées dans plusieurs départements du sud-ouest de la France, notamment le Gers, le Lot, le Lot-et-Garonne, les Landes, les Hautes-Pyrénées et la partie béarnaise des Basses-Pyrénées.
À l'automne 1794, les autorités autorisèrent enfin le retour des habitants et la restitution de leurs biens. Cependant, de nombreuses propriétés avaient été pillées, vendues ou dispersées, rendant ce retour particulièrement difficile.
Le chemin de fer et le Pas de Roland
La construction de la ligne ferroviaire Bayonne – Saint-Jean-Pied-de-Port, inaugurée en 1892, a profondément marqué l'histoire d'Itxassou. Pour franchir la vallée de la Nive et rejoindre l'intérieur du Pays basque, les ingénieurs durent réaliser d'importants travaux au niveau du célèbre Pas de Roland, un défilé naturel encaissé entre les falaises.
La création de la voie ferrée nécessita des terrassements, la construction de ponts et le percement de plusieurs passages dans la roche afin d'épouser le relief accidenté de la vallée. Ce chantier représentait un véritable défi technique pour l'époque et contribua à désenclaver les villages de l'intérieur du Labourd.
L'arrivée du train favorisa rapidement le développement économique d'Itxassou. Elle facilita le transport des voyageurs, des marchandises et surtout des célèbres cerises du village, qui purent être expédiées plus facilement vers les grands marchés du sud-ouest. Le chemin de fer contribua également à l'essor du tourisme, de nombreux visiteurs venant découvrir le Pas de Roland, les gorges de la Nive et les paysages spectaculaires d'Itxassou.
Aujourd'hui encore, la ligne ferroviaire traverse ce site remarquable et offre aux voyageurs l'un des plus beaux parcours ferroviaires du Pays basque.
Vers 1880, le Pas de Roland présentait un paysage entièrement naturel, avant que la construction de la ligne ferroviaire Bayonne – Saint-Jean-Pied-de-Port, à la fin du XIXᵉ siècle, ne transforme le site avec le passage du train.
La cerise d'Itxassou, un emblème du Pays basque
Impossible d'évoquer Itxassou sans parler de sa célèbre cerise noire, véritable symbole du village et de la gastronomie basque. La culture du cerisier est attestée depuis plusieurs siècles et a profondément marqué l'économie locale. Dès le XIXᵉ siècle, les vergers recouvraient les coteaux d'Itxassou et la production atteignait jusqu'à plusieurs centaines de tonnes par an avant la Seconde Guerre mondiale. Les cerises étaient alors acheminées vers les marchés locaux, puis expédiées vers Bayonne, Bordeaux ou Pau.
Parmi les variétés traditionnelles figurent la Beltxa, la Xapata et la Peloa, reconnues pour leur chair ferme, leur couleur sombre et leur goût légèrement acidulé. La célèbre confiture de cerises noires d'Itxassou, traditionnellement dégustée avec le fromage de brebis basque, est aujourd'hui l'une des spécialités gastronomiques les plus réputées du Pays basque.
Après un déclin de la production dans les années 1970, des producteurs locaux se sont mobilisés pour préserver les anciennes variétés et relancer la culture de la Cerise d'Itxassou (Itsasuko Gerezia). Chaque année, au début du mois de juin, le village célèbre la Fête de la Cerise, un événement incontournable qui met à l'honneur les producteurs, l'artisanat local, la gastronomie et les traditions basques.
Itxassou le quartier du Laxia au début du XXe siècle
L'évolution de la population
Au fil du XXᵉ et du XXIᵉ siècle, Itxassou a connu une croissance démographique régulière :
- 1901 : 1 451 habitants
- 2022 : 2 204 habitants
Cette progression illustre l'attractivité grandissante de ce village, apprécié pour son cadre de vie, son patrimoine et sa situation privilégiée entre montagne et océan.
Partie de robot au fronton de la place d'Itxassou en 1912
Bibliographie
Les informations présentées dans cet article sont issues des sources suivantes :
- Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques – Documents historiques sur les communes du Labourd et la Révolution française.
- Base Mérimée – Ministère de la Culture – Fiche de l'église Saint-Fructueux d'Itxassou (Monuments historiques).
- INSEE – Données officielles sur la population de la commune d'Itxassou (recensements de 1901 à 2022).
- Euskaltzaindia (Académie de la langue basque) – Études sur la toponymie et l'origine des noms de lieux basques.
- Toponymie générale du Pays Basque, Jean-Baptiste Orpustan, Presses Universitaires de Bordeaux.
- Histoire du Pays Basque, Manex Goyhenetche, Éditions Elkar.
- Dictionnaire historique des communes du Pays Basque, Jean-Baptiste Orpustan.
- Archives nationales – Arrêtés révolutionnaires relatifs à la déportation des communes basques en 1794.
Le village d'Itxassou en 2026
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