Le village de Saint-Pée-sur-Nivelle - Senpere

Située dans la vallée de la Nivelle, entre les premiers contreforts des Pyrénées et le littoral basque, Saint-Pée-sur-Nivelle, ou Senpere en basque, est l'une des plus vastes communes du Labourd. Son territoire, traversé par la Nivelle et composé de nombreux quartiers, témoigne d'une histoire riche où se mêlent traditions rurales, vie religieuse, conflits frontaliers et patrimoine basque.

Aujourd'hui encore, le village conserve l'organisation typique des anciennes paroisses labourdines, où le bourg central cohabite avec de nombreux quartiers dispersés, chacun possédant sa propre identité.

Le village de Saint-Pée-sur-Nivelle - Senpere au début du XXe siècle

Les communes voisines

Saint-Pée-sur-Nivelle est entourée de plusieurs communes du Labourd qui témoignent de sa position centrale dans l'intérieur du Pays basque. Elle est limitrophe d'Ascain, de Sare, d'Ainhoa, d'Espelette, de Souraïde, de Cambo-les-Bains, d'Ustaritz, d'Arbonne, d'Ahetze et de Saint-Jean-de-Luz. Cette situation géographique a favorisé, au fil des siècles, les échanges commerciaux, les déplacements pastoraux et les liens entre les différentes paroisses de la province du Labourd.

Une toponymie héritée du Moyen Âge

Le nom de Saint-Pée-sur-Nivelle trouve son origine dans le culte de saint Pierre. Les textes médiévaux mentionnent dès le XIIIᵉ siècle la paroisse sous des formes latines telles que Sanctus Petrus d'Ivarren.

Le terme Ibar est un mot basque signifiant « vallée », tandis que Ibarren désigne « le fond de la vallée » ou « l'intérieur de la vallée ». Pendant plusieurs siècles, la commune fut ainsi connue sous le nom de Saint-Pée-d'Ibarren.

Le nom basque Senpere, encore employé aujourd'hui, possède une origine plus complexe. Les linguistes considèrent qu'il résulte de l'évolution phonétique de San Pedro ou San Petri, adaptée progressivement à la langue basque. Cette évolution est comparable à celle observée dans d'autres localités basques dont les noms proviennent de saints chrétiens.

Le complément « sur-Nivelle » n'apparaît officiellement qu'au XXᵉ siècle afin de distinguer la commune des autres localités françaises portant un nom similaire et de mettre en valeur la rivière qui structure son territoire.

Le village de Saint-Pée-sur-Nivelle - Senpere au début du XXe siècle

Une paroisse ancienne du Labourd

Le territoire est occupé depuis la Préhistoire, comme en témoignent plusieurs cromlechs, tumulus et vestiges protohistoriques présents sur les hauteurs environnantes.

Au Moyen Âge, Saint-Pée appartient à la province du Labourd, alors intégrée au duché d'Aquitaine puis à la couronne d'Angleterre avant de revenir définitivement au royaume de France au XVe siècle.

La paroisse devient rapidement l'une des plus importantes du Labourd grâce à l'étendue de son territoire, à ses terres agricoles et à sa position privilégiée sur les voies reliant Bayonne, Sare, Ascain et la vallée de la Nivelle.

Le bourg se développe autour de son église paroissiale dédiée à saint Pierre, tandis que de nombreuses maisons nobles, fermes et moulins s'établissent dans les différents quartiers.

Le village de Saint-Pée-sur-Nivelle - Senpere au début du XXe siècle

Le château des seigneurs de Saint-Pée

Un château fort dominait autrefois le village. Édifié probablement entre les XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, il assurait la surveillance de la vallée et protégeait les voies de communication vers la frontière navarraise.

Au fil des siècles, il subit de nombreux sièges et destructions, notamment pendant la guerre de Cent Ans puis lors des conflits franco-espagnols des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles.

Au moment de la Révolution française, l'édifice est incendié et progressivement abandonné. Les ruines visibles aujourd'hui rappellent encore l'importance stratégique qu'occupait autrefois Saint-Pée-sur-Nivelle dans le Labourd intérieur.

Le château de Saint-Pée-sur-Nivelle - Senpere au début du XXe siècle

Les procès de sorcellerie de 1609

L'un des épisodes les plus sombres de l'histoire locale se déroule en 1609.

Cette année-là, le conseiller au Parlement de Bordeaux Pierre de Lancre est envoyé au Pays basque afin d'enquêter sur de supposées pratiques de sorcellerie.

Saint-Pée devient alors l'un des principaux centres de cette répression. Des centaines de personnes sont interrogées, arrêtées ou dénoncées dans plusieurs villages du Labourd. Les accusations concernent essentiellement des femmes, mais également des hommes et des enfants.

Le magistrat publiera quelques années plus tard un ouvrage relatant ces événements, qui demeure aujourd'hui une source essentielle pour comprendre cette période, tout en illustrant les excès de la justice de l'époque.

La Révolution française

En 1790, Saint-Pée devient chef-lieu de canton.

La proximité de la frontière espagnole place cependant le village au cœur des opérations militaires. En 1793 et 1794, la guerre contre l'Espagne entraîne le passage des troupes, la réquisition des habitants, les destructions et l'incendie du château.

Comme de nombreuses communes basques, Saint-Pée connaît également un changement de nom durant la Révolution avant de retrouver rapidement son appellation traditionnelle.

Le village de Saint-Pée-sur-Nivelle - Senpere au début du XXe siècle

Les quartiers : une organisation typiquement labourdine

Contrairement à de nombreuses communes françaises organisées autour d'un village unique, Saint-Pée-sur-Nivelle s'est développée sous la forme d'une multitude de quartiers, appelés auzoak en basque.

Cette organisation est héritée de l'habitat dispersé propre au Labourd.

Le bourg

Le centre historique regroupe l'église Saint-Pierre, les anciennes maisons labourdines, le fronton, la mairie ainsi que les vestiges du château. C'est depuis plusieurs siècles le cœur administratif, religieux et commercial de la commune.

Ibarron

Situé en direction de Saint-Jean-de-Luz, Ibarron constitue l'un des quartiers les plus connus. Son nom rappelle directement l'ancien nom de la paroisse : Saint-Pée-d'Ibarren.

Amotz

À l'est du territoire communal, Amotz conserve un habitat traditionnel caractéristique du Labourd. 

En 1901, Saint-Pée-sur-Nivelle comptait 2 396 habitants. En 2022, la population de la commune avait fortement augmenté, atteignant 7 238 habitants, appelés les Senpertar.

Le village de Saint-Pée-sur-Nivelle - Senpere au début du XXe siècle

Bibliographie

  • Jean-Baptiste Orpustan, Nouvelle toponymie basque, Presses Universitaires de Bordeaux.
  • Jean-Baptiste Orpustan, Toponymie des communes basques.
  • Eugène Goyheneche, Le Pays basque. Soule, Labourd, Basse-Navarre, Société Nouvelle d'Éditions Régionales.
  • Manex Goyhenetche, Histoire générale du Pays basque.
  • Pierre de Lancre, Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons (1612).
  • Jacques Allières, Les Basques, Presses Universitaires de France.
  • Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne, Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne(articles consacrés au Labourd).
  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, séries anciennes relatives à Saint-Pée-sur-Nivelle.
  • Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Nouvelle-Aquitaine.
  • Académie de la Langue Basque (Euskaltzaindia), travaux de normalisation toponymique sur Senpere.

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