Les origines de la famille de Gramont
L’histoire du château de Bidache est étroitement liée à celle de la puissante famille de Gramont. Au XIᵉ siècle, les seigneurs de Gramont construisent une forteresse sur la butte de la Moulary, à Viellenave-sur-Bidouze, aujourd’hui Bergouey-Viellenave. Cette place forte porte le nom d’Agramont, issu du latin Acris Mons, qui signifie « mont aigu ». C’est de ce site que la famille tire son nom.
L’installation des Gramont à Bidache
Dans la première moitié du XIIIᵉ siècle, la forteresse d’Agramont est successivement prise par le roi de Navarre puis par les troupes du roi d’Angleterre. Face à ces bouleversements, les Gramont décident de quitter leur ancienne demeure pour s’établir à Bidache.
Afin d’affirmer leur puissance, ils entreprennent la construction d’un nouveau château dont les premières pierres sont posées entre la fin du XIIIᵉ et le début du XIVᵉ siècle. Édifié sur un promontoire dominant la vallée de la Bidouze, le château devient rapidement l’un des symboles du pouvoir des Gramont.
Le Château de Bidache vers 1910
Une forteresse au cœur des conflits
Au fil des siècles, le château subit de nombreuses attaques et destructions. L’épisode le plus marquant se déroule en 1523, lorsque les troupes de Charles Quint, sous le commandement de Guillaume d’Orange, prennent d’assaut la forteresse.
Les chroniques rapportent que près de trois cents défenseurs préférèrent mourir dans l’incendie plutôt que de se rendre. Certains se jetèrent même du haut des remparts, choisissant une mort certaine plutôt que la captivité.
De cette forteresse médiévale, il ne subsiste aujourd’hui que l’impressionnant donjon, appelé la « rondache », qui domine toujours le paysage bidachot.
De château fort à résidence de prestige
Après chaque destruction, le château est reconstruit et agrandi. Au fil des générations, les seigneurs de Gramont lui apportent de nombreux embellissements.
À partir du XVIIᵉ siècle, l’édifice perd progressivement son rôle militaire pour devenir une résidence de plaisance. Un vaste ensemble architectural est alors créé devant le château. Des jardins en terrasses sont aménagés, agrémentés de fontaines et de jets d’eau. Une élégante allée ombragée conduit jusqu’à un embarcadère sur la Bidouze.
Le portail d’entrée, orné d’un fronton et des armoiries des Gramont, témoigne du prestige de la famille. Les styles Renaissance, Henri IV et Classique se côtoient harmonieusement dans cet ensemble majestueux.
Le Château de Bidache vers 1910
Une demeure fréquentée par les grands du royaume
La splendeur du château de Bidache dépasse largement les frontières du Pays Basque. Les Gramont, qui commandent au XVIᵉ siècle près de deux mille Navarrais portant le célèbre béret rouge, y reçoivent de nombreux personnages illustres.
Parmi eux figurent Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et époux de Jeanne d’Albret, reine de Navarre et mère du futur Henri IV. Catherine de Médicis et son fils, le roi Charles IX, y séjournent également.
Plus tard, le cardinal Mazarin choisit le château comme lieu de résidence avant la signature du Traité des Pyrénées en 1659, accord historique qui met fin à la guerre entre la France et l’Espagne.
Le dernier âge d’or des Gramont
Au XVIIᵉ siècle, Antoine III de Gramont, maréchal de France, ministre d’État et ambassadeur du roi à Francfort et à Madrid, demeure l’un des derniers souverains de Bidache à résider régulièrement dans sa principauté.
À sa mort, ses successeurs se tournent davantage vers Versailles et les fastes de la cour royale. Peu à peu, Bidache perd son statut de résidence principale de la famille.
Le Château de Bidache vers 1910
Le déclin et la disparition du château
La Révolution française marque le début de la fin pour le château. En 1793, il est réquisitionné et transformé en hôpital.
Trois ans plus tard, alors qu’il est inhabité, un incendie accidentel le détruit presque entièrement. Malgré plusieurs projets envisagés au cours des décennies suivantes, le château ne sera jamais reconstruit.
Le Château de Bidache vers 1910
Un patrimoine toujours vivant
Aujourd’hui, les vestiges du château de Bidache rappellent la puissance de la maison de Gramont et plusieurs siècles d’histoire. Dominée par la silhouette imposante de la rondache, cette ancienne résidence princière demeure l’un des sites patrimoniaux les plus emblématiques du Pays Basque intérieur et continue de fasciner les visiteurs.
Le Château de Bidache en 2026
Bibliographie
- Jean de Jaurgain, La Maison de Gramont (1040-1967), Éditions Atlantica, réédition.
- Pierre Hourmat, Histoire de Bidache et de la principauté de Gramont, Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne.
- Pierre Tucoo-Chala, Histoire du Béarn, Éditions Sud-Ouest.
- Eugène Goyheneche, Le Pays Basque : Soule, Labourd, Basse-Navarre, Éditions Elkarlanean.
- Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, fonds relatifs à la famille de Gramont et à la principauté de Bidache.
- Association des Amis du Vieux Bidache, publications et travaux historiques sur le château de Bidache.
- Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Nouvelle-Aquitaine, dossier consacré au château de Bidache.
- Site officiel de la commune de Bidache et documentation patrimoniale locale.
Pour aller plus loin
- Michel Duvert, Bidache, la principauté oubliée, éditions régionales.
- Collectif, Les Gramont : sept siècles d'histoire européenne, catalogue d'exposition.
- Jean-François Bladé, Chroniques et documents sur la Navarre et le Béarn.
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